InterviewRoosevelt

On commence la semaine avec le retour de Roosevelt aka Marius Lauber qui a dévoilé vendredi dernier Young Romance, le successeur de son premier album éponyme sorti en 2016. Signé depuis ses débuts sur le label Greco-Roman, le protégé de Joe Goddard poursuit son bout de chemin avec 13 nouveaux titres composés dans son studio à Cologne. Si la France reste encore peu familière à son univers synth pop, ses multiples tournées aux Etats-Unis témoignent de sa popularité grandissante et ce n’est pas sa récente collaboration avec le pape du chillwave, Washed Out, qui devrait freiner le phénomène. Deux ans après notre première rencontre dans les bureaux parisiens de son label, j’ai retrouvé l’artiste allemand pour en savoir plus sur son second album.

 

Click here for the English version.

 

© Alba Yruela

La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, tu n’avais pas encore sorti ton premier album, je souhaitais savoir si tu pouvais résumer en quelques mots ces deux dernières années.

Beaucoup de choses se sont passées ! Nous sommes partis en tournée un peu partout. Nous avions déjà joué un certain nombre de concerts mais les choses se sont intensifiées et nous avons beaucoup joué aux États-Unis. J’ai également construit un studio à Cologne entre-temps.

 

Tu as mis un certain temps à sortir ton premier album mais j’ai lu que tu avais écrit et produit Young Romance en 6 mois. As-tu intentionnellement accéléré le rythme ou était-ce simplement plus facile d’enregistrer ce deuxième album ?

C’était juste quelque chose que j’ai réalisé quand j’ai commencé à travailler dans mon nouveau studio, tout est arrivé assez rapidement. Pour le premier album, certaines chansons étaient terminées, j’en créais d’autres et je tournais pas mal, c’est pourquoi cela a pris du temps. Les six mois où j’étais en studio pour Young Romance, j’avais plus de temps car nous avions limité les concerts. C’était la première fois où je pouvais m’asseoir et faire un album en soi, en partant de zéro. C’était assez effrayant au début mais en partant de rien j’ai eu beaucoup de liberté.

Quel genre de liberté ?

La liberté dans le sens où j’ai pu faire un album de la première à la dernière seconde, sans matériel existant et sans avoir à sortir un titre en teaser. Juste un album dans son intégralité.

 

En 2016, tu m’as dit que tu aimais que le chant fasse partie de la chanson et non de l’instrument. Était-ce la même chose pour Young Romance ?

Je pense que c’est encore le cas pour certaines chansons mais pas pour toutes, en particulier avec Under the Sun qui est plutôt une chanson à la structure pop. En général, je fonctionne encore comme cela. Je prends juste un micro, je fredonne un truc, peut-être sans paroles, et je pose les mots ensuite. C’est une approche vraiment différente de celle d’un groupe traditionnel où tout est assez fragmenté : on va composer l’instru puis écrire les paroles ou bien l’inverse.

 

Je voulais d’ailleurs revenir sur les paroles de tes chansons qui s’opposent au bien souvent au rythme enjoué. L’amour n’est pas une chose facile mais tu sembles croire aux secondes chances si j’en crois la répétition des expressions “try again”, “forgive” ou “take me back”.

Je pense que c’est parce que j’aime écrire sur des thèmes nostalgiques. Je n’ai jamais vraiment aimé les chansons trop heureuses ou euphoriques musicalement et dans leur propos. Mes chansons préférées ont toujours été celles un peu douces-amères. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai choisi de reprendre Teardrops, cette chanson est juste parfaite, les paroles sont tellement tristes et dramatiques. Je n’aime pas partir dans une seule direction, ce n’est pas une recette mais ça vient assez naturellement. Si par exemple j’ai l’impression qu’une chanson est un peu trop enjouée, je viens atténuer cet effet avec des paroles tristes mais cela peut aussi marcher dans l’autre sens. C’est justement ce que j’ai fait sur Moving on, la mélodie vient contrer le rythme groovy de la batterie.

 

La chanson Forgive est un featuring avec Washed out, un artiste que tu as souvent cite comme ayant eu une grande influence sur ta musique. Comment s’est passé votre rencontre?  

Rien de plus simple, je lui ai juste envoyé un email dans lequel je lui disais que j’étais un immense fan, que j’écoutais tout le temps sa musique et que j’avais une chanson sur laquelle je ne savais pas quoi chanter et je voulais savoir s’il pouvait écouter la démo. Je n’attendais pas de réponse, on ne se connaissait pas et nous n’avions pas d’amis communs. Il m’a répondu qu’il aimait la démo et qu’il connaissait ma musique ! Tout s’est passé très vite ensuite et la chanson était finie en une semaine.

Penses-tu que vous aurez l’opportunité de la jouer en live ensemble ?

J’y ai pensé et c’est possible que cela arrive sur certaines dates américaines. Je ne la jouerai pas sans lui, ma voix est différente de la sienne.

 

C’est la seconde fois que tu travailles avec Chris Coady puisqu’il avait déjà mixé ton premier album. On ne change pas une équipe qui gagne ?

C’est ça ! (rires) J’adore ce qu’il apporte aux chansons. J’ai pas mal de synthés mais je travaille beaucoup sur ordinateur et le résultat semble parfois un peu plat, sans profondeur. Chris a l’habitude de travailler avec des artistes indie rock donc son expérience lui permet justement d’envisager les chansons d’une autre matière et d’apporter plus de texture.

 

Tu fais toujours partie du label Greco-Roman. Est-ce qu’ils t’ont conseillé pour ce second album ?

Pas vraiment non, ils m’ont simplement dit de faire ce que je voulais et m’ont encouragé. Je suis allé dans le studio de Joe [Goddard] pour enregistrer quelques synthés sur Lucia.

Ah, la fameuse collection de synthés de Joe !

Oui, c’est plus un musée du synthé qu’une simple collection ! D’une certaine manière, il m’a ainsi aidé sur cet album. Le simple fait de me dire « fais ton truc » était un conseil important.

Qu’en est-il de tes camarades de label ? Est-ce que tu les vois souvent ?

J’ai rencontré TEED il y a un an quand nous sommes partis en tournée ensemble. Nous avons fait un set à Barcelone ensemble.

 

Tu seras en tournée cet automne avec une date prévue sur Paris début novembre. A quoi ressembleront les concerts pour cet album ?

On est passé à un autre niveau. Nous sommes 4 à présent sur scène, la production est plus importante et nous avons aussi plus de lumières. Avec l’expérience du live, nous avons appris à jouer les titres de la manière la plus énergique possible. J’ai parfois encore l’impression que nous sommes les meilleur groupe de reprises de Roosevelt (rires) mais nous n’avons cessé de progresser depuis 2 ans.

 

Est-ce que les membres de ta formation live sont également originaires de Cologne ?

L’un vient de Cologne, un autre de Berlin et un autre de Munich.

Tu vis toujours à Cologne, n’as-tu jamais voulu t’installer ailleurs ?

Je suis tellement sur la route que quand je rentre à la maison, je ne veux pas me sentir dépassé ou étranger à une ville. Cologne n’est pas une ville qui change beaucoup et j’adore ça ! J’ai besoin de ce cocon. Si je n’avais rien à faire pendant un an, j’aimerais aller à Tokyo.

 

Joe Goddard a un musée du synthétiseur mais il semblerait que tu sois également un collectionneur. Quelle est la pièce la plus précieuse de ta collection et pourquoi ?

Je viens d’acheter un Prophet 6, il n’est pas vintage, juste hyper cher ! C’est mon bébé ! (rires) J’ai aussi ce kit de batteries des années 60. Je l’ai acheté pour 300€ et les gens qui me l’ont vendu n’avaient aucune idée de sa valeur. J’ai passé pas mal d’heures à le rénover pour pouvoir l’utiliser. J’ai aussi acheté pas mal de trucs sur Ebay pour cet album comme un vieux glockenspiel ou des synthés bas de gamme. On n’est pas obligé d’utiliser des synthés super chers pour avoir un son intéressant. J’aime bien les petits claviers Casio, je crois que les membres de Phoenix utilisent parfois un clavier Yamaha qu’ils ont eu pour genre 50€.

 

C’est drôle que tu mentionnes justement Phoenix car je voulais revenir sur ta playlist Radio sur Spotify. On y retrouve Breakbot, Phoenix et même Paradis. Ecoutes-tu souvent de la musique française ?

Oui, je pourrais également citer Daft Punk, Cassius ou Etienne de Crécy. Ils ont tous eu une grande influence. J’ai également eu ma période Ed Banger. Même si je n’écoute pas forcément des groupes comme Justice, ils ont permis de créer un lien entre le rock et l’électro. Je me rappelle de la première fois où j’ai écouté Justice, je me suis demandé si c’était de la guitare ou du synthé ! Quand j’avais 16/17 ans, j’étais plutôt rock et je jouais de la guitare dans un groupe, ce genre de groupes m’a conduit vers l’électro. La musique française a toujours été efficace dans sa manière de relier les genres.

J’ai une dernière question pour toi. Tu n’avais jamais caché ton goût pour les remixes. Est-ce qu’il y a une chanson que tu n’oserais jamais remixer ?

Il y a en plein ! Je suis assez sélectif, pour moi le plus important ce sont les paroles. Quand je remixe un titre, je m’imagine toujours être en studio avec l’interprète et je vais dépouiller la chanson de quasiment toute l’instrumentation avant de commencer à la produire. Je trouve toujours plus intéressant d’essayer d’apporter ma touche à la voix. Si l’on me propose un remix, je commence toujours par écouter la voix et la structure de la chanson et je vois ce que je peux en faire. L’instrumental n’a même pas besoin d’être génial ! Je n’ai toujours pas répondu à ta question…elle est difficile ! Si par hasard on me proposait l’honneur de remixer Let It Happen de Tame Impala, je ne saurais pas quoi faire ! J’adore cette chanson et elle est parfaite comme ça !

Roosevelt sera en concert à la Gaîté Lyrique le mardi 06 novembre.

Sophie

 

Share on FacebookTweet about this on Twitter


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *