Love on stageRock en Seine 2018

© Olivier Hoffschir

A une semaine de la rentrée scolaire, c’est avec le festival Rock en Seine que nous avons repris le chemin des concerts et ce, pour 3 jours de musique au Domaine National de Saint-Cloud. Programmée du 24 au 26 août, cette 16ème édition a certes peiné à remplir ses allées avec « seulement » 90 000 festivaliers (concurrence avec le Summer Jam ? Météo capricieuse ? Retours tardifs de vacances ou manque d’intérêt pour le line-up ?) mais nous avons su trouver notre bonheur parmi les 78 artistes programmés !

 


VENDREDI 24 SEPTEMBRE


Nous avons commencé cette première journée avec le concert de First Aid Kit sur la Grande Scène. Malgré l’annonce d’une météo mitigée, le soleil brillait au dessus du public et les guêpes qui s’étaient invitées en nombre taquinaient les festivaliers… Les frangines Söderberg vêtues de robes vintage, étaient comme à leur habitude accompagnées sur scène de leurs musiciens semblant tout droit sortis d’un vieux groupe d’Americana et c’est avec Rebel Hearts, premier titre de leur dernier albums Ruins, qu’elles ont ouvert le show. Les jolies compos folk aux accents nostalgiques des suédoises ont été une parfaite entrée en matière pour entamer cette nouvelle édition du festival et nous avons même eu droit à une cover de Kate Bush avec le titre Running Up That Hill.

Voilà 6 ans que Dirty Projectors ne s’étaient pas produits en France, une attente finalement récompensée par un concert généreux de Dave Longstreth & Co qui nous ont dévoilé en live plusieurs titres de leur nouvel album sorti en juillet, Lamp Lit Prose. Rasé de près et souriant, l’Américain affichait une bien meilleure mine que celle arborée en 2017 suite à sa rupture avec la belle Amber. La page semble à présent tournée et c’est avec une nouvelle formation live que Dave Longstreth a charmé le public de la Cascade, assurant ainsi sa deuxième participation à un festival en France depuis Les Nuits de Fourvière en 2010. Gageons que ce sourire retrouvé soit annonciateur d’un prochain concert en France, c’est du moins ce que l’artiste nous a confié souhaiter en interview lorsque nous l’avons retrouvé plus tard.

© Olivier Hoffschir

Retour ensuite à la Grande Scène où les sud-africains Die Antwoord ont enflammé le festival avec un show explosif qui a fédéré le public venu en masse. Ninja, Yolandi et God ont enchainé leurs titres tonitruants au son des beats Hip-Hop/electro, des rave synths et des infra-basses. Déambulant dans un décor impressionnant où se dressaient de grandes palissades en tôle taguée, le trio azimuté a littéralement fait vibrer la foule avec leur tubes Fatty Boom Boom, I Fink U Freaky, Baby’s on Fire ou encore Ugly boy. Le groupe nous a annoncé il y a quelques mois que leur cinquième album sonnerait la fin du projet Die Antwoord… Intitulé 27 comme le nombre de nouveaux morceaux annoncés, ce dernier opus regrouperait en réalité 10 tracks et les 17 autres morceaux (dont pas mal de featurings) seraient « cachés à divers endroits » (faces B de vinyl,…) selon un communiqué du groupe sur les réseaux sociaux. La chasse au trésor est donc lancée…

On la pensait très attendue mais il faut croire que le public de Rock en Seine lui a préféré la fin du concert des Sud-Africains ou le début  de celui de Parcels… le hasard de la programmation n’a tout simplement pas réussi à Sophie qui se produisait sur la scène parsemée du Bosquet ! Après l’avoir vue au Visions à Londres en 2014 et We Love Green en 2015 où l’Ecossaise s’était cachée à chaque fois dernière ses platines, nous pensions retrouver une jeune femme épanouie suite à sa transition mais c’est encore une fois dans l’obscurité, collée à ses machines, que la productrice s’est réfugiée.

Sophie n’ayant pas réussi à nous convaincre, c’est du côté de la Scène de la Cascade que nous sommes allés retrouver les petits génies australiens de Parcels. Rencontrés à We Love Green l’année dernière, les cinq garçons au look vintage nous avaient déjà fait forte impression, leur mélodies funky s’accordant alors à merveille avec la chaleur torride qui régnait alors au Bois de Vincennes. Plus d’un an plus tard, c’est dans un tout autre cadre que nous avons découvert leurs nouvelles compositions Bemyself, Tieduprightnow ou bien encore Lightenup. A tout juste 21 ans et pour l’instant aucun album à leur actif (ce dernier est prévu pour octobre), les Aussies ont réussi le pari risqué de conquérir à la nuit tombée la seconde plus grande scène du festival. Mention spéciale d’ailleurs pour la version longue de Gamesofluck!

© Olivier Hoffschir (Die Antwoord • Parcels) et Christophe Crenel (Sophie)


SAMEDI 25 SEPTEMBRE


Pour cette deuxième journée, nous avons décidé de débuter par le live de SG Lewis. Jeune producteur et ancien DJ, le Britannique a ambiancé la scène de la Cascade en enchaînant les titres club dont Aura ou encore le single Hurting en featuring avec AlunaGeorge, sorti tout juste il y a une dizaine de jours. Le public assez réceptif a pu se chauffer en effectuant quelques pas de danse sur la pelouse changée en dancefloor improvisé. Les prods assez mainstream ne nous ont cependant pas retenus très longtemps et nous avons préféré aller nous désaltérer avant de nous diriger vers la scène de l’Industrie pour retrouver l’hypnotique Malik Djoudi.

Pour sa première participation à Rock en Seine, le Poitevin accompagné sur scène par Greg Cadu, son complice bassiste de longue date, a interprété les titres de son premier album Un sorti l’été dernier. Peur de Rien, Cinema ou bien encore Sous Garantiel’ex-chanteur de Moon Pallas et Kim Tim nous a  ensorcelés avec sa voix androgyne magnifiée par des boucles électro et des nappes de réverb. Ce fan de James Blake et Connan Mockasin s’est même payé le luxe de reprendre Cambodia de Kim Wilde, modernisant ainsi le tube de 1982. Notre première impression du MaMa 2017 où nous l’avions vu jouer au Bus Palladium se confirme, Malik Djoudi est un orfèvre, alliant avec légèreté et onirisme chanson française et éléctropop minimaliste.

C’est sur la scène du Bosquet que s’est produit ensuite le jeune Tamino. Allant tout juste atteindre les 22 ans, l’artiste belge d’origine égyptienne a livré un concert mémorable qui a conquis le public. Sa voix profonde et pénétrante, dont la large tessiture lui permet de maîtriser les graves et d’aller virevolter dans les aigus, nous a littéralement cueillis. Entre mélodies mélancoliques, arpèges de guitare éthérée et nappes planantes, nous avons pu donc assister aux version lives de son premier EP Habibi mais également à de nouveaux morceaux dont le single Persephone, sorti la veille. En fermant les yeux on avait parfois l’impression de sentir planer l’esprit de Jeff Buckley sur certaines des compos. Véritable coup de cœur, nous suivrons de près ce petit génie de la musique.

© Olivier Hoffschir (SG Lewis) et Christophe Crenel (Malik Djoudi • Tamino)

Oubliés le blond angélique et le chignon strict, c’est avec un carré flou de boucles brunes que l’anglaise Anna Calvi s’est présentée sur la Scène de la Cascade! Un changement de couleur qui lui va d’ailleurs à ravir pour un retour qui promet d’être incandescent… Dévoilés sur scène, les titres  de son nouvel album Hunter prévu pour la fin de la semaine via Domino Records font l’effet d’une bombe. Après 5 ans d’absence, la belle Anna est prête à en découvre, quitte à montrer les dents (ourlées d’un rouge à lèvres vif tout de même) pour défendre la condition féminine et son orientation sexuelle. Don’t Beat the Girl out of My Boy, Anna la chasseresse a dégainé son arc sa guitare et nous a touchés en plein cœur!

Anna Calvi ayant réveillé le carnassier en nous, c’est au stand de La Brigade, premier food truck carnivore, que nous avons satisfait notre faim. Un onglet de bœuf slicé, servi dans une barquette accompagné de frites et d’une sauce tandoori maison pour la modique somme de 12€… Qui a dit qu’il était difficile de manger bien sans se ruiner en festival?!  Cerise sur le gâteau (ou plutôt dans notre cas, moutarde sur la viande), Black Star se produisait au même moment sur la Scène de la Cascade. Le duo légendaire composé des rappeurs  Mos Def et Talib Kweli fêtait ce soir-là  les 20 ans jour pour jour de leur album Black Star, invitant pour l’occasion sur scène à leurs côtés Hypnotic Brass Ensemble, fanfare de Chicago spécialisée dans les cuivres lustrés.

Direction enfin la scène de la Cascade pour clôturer cette deuxième journée en compagnie de Charlotte Gainsbourg.
Au centre d’une scénographie hypnotique créée par de grands carrés et rectangles de néons qui s’animaient au rythme de la musique, l’artiste achevait sa tournée des festivals de l’été autour de son dernier album Rest, dédié à sa demi-sœur Kate Barry, tragiquement disparue fin 2013. Un album hommage à Kate donc, mais également à son père et dans lequel elle a fait le choix de chanter en français. Les titres de son dernier opus ont pris une toute autre dimension en version live ; beaucoup plus punchy et boostés par les arrangements electro. D’autres chansons plus intimistes ont créé de vrais moments d’émotion au sein du public notamment celles du répertoire de son père comme Charlotte Forever et Lemon Incest

© Olivier Hoffschir (Anna Calvi • Black Star) et Christophe Crenel (Charlotte Gainsbourg)


DIMANCHE 26 SEPTEMBRE


Nous avons entamé cette dernière journée en nous rendant sur la scène de l’Industrie pour assister au live d’Halo Maud. Anciennement connue sous le nom de Myra Lee, l’auteur compositeur et multi-instrumentiste proche amie de Moodoid et Melody’s Echo Chamber (qu’elle suivra notamment en tournée), est revenue avec son nouveau projet solo dans lequel elle chante désormais en français. Accompagnée sur scène d’Oliver Marguerit (claviers), Vincent Mouguel (basse) et Stéphane Bellity (batterie), Maud était venue défendre les titres de son premier album studio Je Suis Une Île. Les mélodies pop rêveuses et les harmonies complexes de ses compositions sont allées droit au cœur du public. On retiendra notamment les titres Wherever, Chanceuse ou encore Tu Sais Comme Je Suis

Leur nom de scène fait référence à la nuit mais c’est bien en plein jour que مشروع ليلى aka Mashrou’ Leila nous ont embarqués dans leur univers dépaysant et engagé à la fois. Formé à Beyrouth en 2008, ce groupe libanais ouvertement gay, très médiatisé au Moyen-Orient, jouit depuis quelques années d’une réputation grandissante en Europe et en Amérique comme le prouve notamment leur présence en featuring sur le dernier album d’Hercules and Love Affair. C’est d’ailleurs avec ce titre, Are You Still Certain? que le quintette mené par le charismatique Hamed Sinno a ouvert la danse et, quelle danse!!! Difficile de ne pas être ému par l’interprétation bouleversante de Maghawir inspirée de fusillades dans des clubs de Beyrouth. A grand coups de violon, batterie, guitare et basse, Mashrou’ Leila a convié le public de la Cascade à chanter à l’unisson pour un avenir meilleur… « For once in Europe history, follow the brown man! »

A peine le temps de nous remettre de cette claque venue de l’Orient qu’il nous fallait déjà repartir vers la Scène de l’Industrie pour retrouver les cousins britanniques d’Otzeki. Joel et Mike sont un peu de la famille, voilà en effet bientôt deux ans que nous suivons leur progrès, de leur  concert en novembre 2016 au Point Éphémère en passant par leur prestation au Fnac Live l’année dernière ou bien encore la sortie de leur premier album, Binary Childhood, en avril. Comme à leur habitude, Joel s’est éclaté aux claviers pendant que Mike, beau gosse longiligne aux yeux bleus perçants, s’est chargé du chant, de la guitare et de l’ambiance. S’il a pour une fois gardé ses vêtements, le jeune homme, pourtant timide dans la vie de tous les jours, s’est offert un bain de foule sur le cathartique Touch.

© Olivier Hoffschir

Après toutes ces émotions, nous avons décidé de nous poser sur la pelouse devant la scène du Bosquet en sirotant un verre pour assister au live de Bicep. Le duo originaire d’Irlande du Nord était venu défendre les titres de son premier album éponyme face à des festiv-clubbers venus en nombre… Entre envolées planantes synthétiques, arpégiateurs galopants et loops drum’n bass fougueuses, leur show a transporté le public, scotché devant les projections vidéo psyche-digitales…

C’est après avoir fait une pause régressive en testant le pain perdu retrouvé de Fifi la Praline (riche en sucre et en gras) que nous nous sommes rendus à la scène de l’Industrie où les membres de Bonobo faisaient leur entrée. Immersion totale dès les premières notes dans l’univers de Simon Green. Le producteur et compositeur anglais était venu accompagné de nombreux musiciens sur scène, dont un trio de cuivres. Les titres qui défilaient étaient une véritable invitation au voyage, voyage imaginaire entre lueurs et obscurité que le public a fait sans quitter les pieds du sol. En toile de fond, une projection sur écran géant de superbes vidéos kaléidoscopiques présentant un univers organique et minéral peuplé de néons et de particules lumineuses. Un des climax du concert s’est déroulé lors du titre Cirrus qui a crée un vrai moment de liesse dans la foule…

Nous avons enfin terminé cette édition de Rock en Seine par le concert de Justice à la Grande Scène. Vu que la pelouse s’était transformée en véritable marée humaine? nous avons préféré observer le show perchés un peu plus haut. Xavier et Gaspard avaient pour le coup sorti l’artillerie lourde côté « sons et lumières » ; entre murs d’enceintes, spots stroboscopiques et panneaux lumineux motorisés, le festival s’était métamorphosé, le temps d’un concert, en club géant. Le duo revenait avec leur album Woman Worldwide, un condensé de re-edits, mashups, et autres partouzes musicales de leur tubes, spécialement élaborés pour leur tournée. Nous avons trouvé que l’ambiance dans la foule n’était pas aussi dingo que nous l’avions imaginé, mais vu les moyens engagés sur ce show monumental, les fans incontestés en ont eu pour leur argent…

© Olivier Hoffschir

Si au final cette 16ème édition avait fait couler beaucoup d’encre en programmant certaines têtes d’affiche discutables (on l’avoue, PNL c’est pas notre came!), c’est avec plaisir que nous avons retrouvé les allées de Rock en Seine, prolongeant le temps d’un weekend la quiétude des vacances! Merci aux filles d’Ephélide (les Marions, les Clémences, Catherine et Nathalie) ainsi qu’à Pauline et Hélène de La Cadence pour leur accueil, leur gentillesse et leur efficacité!

Festival Rock en Seine 2018 • 24/25/26 septembre 2018 • Domaine national de Saint-Cloud

Math & Sophie

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