Stereolove • Young Fathers ► Cocoa Sugar

La vague de froid a beau être derrière nous, c’est bien devant une bonne tasse brûlante de Cocoa Sugar que je te propose de nous retrouver en cette fin de semaine. Au menu, un breuvage corsé aux ingrédients multiples servi par Young Fathers, le trio d’Édimbourg aux recettes si particulières.

Inclassables, irrévérencieux, orgueilleux… Alloysious, Kayus et G n’ont jamais caché leur volonté de se démarquer et de s’affranchir des normes musicales actuelles et c’est sans doute la raison pour laquelle les trois amis d’enfance continuent encore d’impressionner et ce n’est pas leur troisième album, Cocoa Sugar, qui devrait freiner leur ascension. Control freaks et perfectionnistes, les Écossais ne laissent aucune place au hasard, s’attelant savamment depuis bientôt 10 ans à « être le groupe que l’on entendrait le plus » comme ils me l’avaient confié en interview en 2014. Un pari pris sur le long terme si l’on en croit leur manque de renommée en France mais nul doute que les reconnaissances multiples de ces dernières années (Mercury Prize, collaboration avec Massive Attack et bande originale de Trainspotting 2) leur fraient peu à peu un accès bien mérité vers les sommets.

Revenons en à Cocoa Sugar, troisième opus du trio après Dead (2014) et White Men Are Black Men Too (2015), dont la sortie avait été annoncée cet automne avec un premier titre Lord. A l’opposé des bombes Come To Life, Get Up ou bien encore Shame auxquelles le groupe nous avait habitués, c’est avec une magistrale ballade mi- gospel, mi-R&B au piano que les Young Fathers sont de retour. “You can’t dance to it”, ils nous avaient prévenus mais les guitares menaçantes et le synthé lancinant nous rappellent que rien n’est jamais aussi simple avec ces trois-là !

Rebelote en janvier avec In My View qui nous présente cette fois-ci un G bien plus calme qu’à son habitude. Oubliés le phrasé rageur et l’énorme accent écossais, l’artificier Graham se transforme en philosophe le temps d’un titre aux accents lo-fi pop.

On aurait pu croire que les potes Édimbourg, à présent trentenaires, s’étaient calmés s’ils n’avaient pas ressorti l’artillerie lourde avec Toy, pépite hip-hop où le trio enchaîne les inflexions de voix et les couplets rappés à tour de rôle avant de se retrouver dans un joyeux chœur bordélique dont ils ont le secret.

3 titres dévoilés, 3 univers différents… Les 3 amis ne sont toujours pas prêts à se laisser enfermés dans un style musical et c’est finalement en 12 titres  que le trio continue de brouiller les pistes. Si Wire et Fee Fi mériteront plusieurs écoutes avant d’êtres appréciées, la claque expé de cet album est la bien nommée Wow où, sur fond de beats lancinants, s’enchaînent gémissements malsains, cris et des Chou Bi Dou Wa improbables !

Nettement plus accessibles, See How, Holy Gost et Border Girl se savourent sans modération même si mon coup de cœur personnel reste la pièce centrale de ce jenga musical, Tremolo. Un léger rythme hypnotisant, de nombreuses répétitions et un chant en retenue, Tremolo reprend les éléments qui avaient fait le succès d’I Heard en 2013, une touche lumineuse en plus.

Avant de probablement investir différents festivals cet été, c’est à Paris et plus précisément au Badaboum que Young Fathers clôturera le 12 avril une première série de dates au Royaume-Uni et en Europe. Les Écossais seront en très charmante compagnie puisqu’ils accueilleront en première partie la Belge Wwwater, jeune Gantoise à la voix enchanteresse.

Sophie

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