InterviewKillASon

On finit la semaine avec l’un de nos coups de cœur de ce début d’année : KillASon. A 23 ans, l’artiste franco-béninois redore le blason du rap français à grand coup de clips post-apocalyptiques et de punchlines efficaces. A l’heure où certains écorchent sans vergogne la langue de Molière, c’est du côté de Shakespeare et du vieux rap US que KillASon, alias Marcus Dossavi-Gourdot, a puisé son inspiration. 9 mois après la sortie du premier volet de son diptyque, le rappeur est de retour avec STW2 dévoilé fin janvier sur son label Supanova.

Nous l’avons rencontré dans les bureaux d’Ephélide pour en savoir plus sur ce projet musical en deux volets et ses diverses créations artistiques (danse, mode, cinéma, dessin).

@Grégory Brandel_MD

STW2 (Strange The World Two) a été dévoilé fin janvier. Peux-tu commencer par revenir sur la conclusion de ce diptyque ?

STW1 est sorti en avril 2017 et il était soutenu par le single WRONG dont le clip avait été tourné aux Iles Canaries. C’était un clip très coloré avec un son bien rappé. STW2 est lui mené par FREE. C’est un titre beaucoup plus tranquille, plus pop et finalement plus mélancolique et rythmique. Ce qui se détache du diptyque, c’est l’importance de mes grands-parents puisque ma grand-mère était très présente sur STW1 et je m’inspire de l’histoire sentimentale de mon grand-père sur FREE. Ce sont des morceaux beaucoup plus intimes que sur The Rize. Par exemple, sur STW1 il y a un morceau dédié à ma mère, Abtm parle d’autres membres de ma famille et ma grand-mère fait un petit skit dedans, même des sons comme Ghost et WRONG sont sur la complexité de l’être humain et des relations avec autrui. Les deux EP sont liés par un vinyle. J’ai mixé les deux EP pour montrer que c’était le seul et même projet. Il y a également une continuité visuelle avec le bijou de la pochette que l’on retrouve dans le clip de WRONG et sur STW2 dans le clip de Blow. On le retrouvera également dans les autres clips, notamment celui de FREE.

 

Tu décris ton univers musical comme de l’energy music.

Oui ou parfois rap/électro !

C’est finalement un beau condensé de tes influences musicales : de l’électro, du rap, du hip-hop, de la pop, de la dream soul et même un peu de rock. J’aimerais finalement connaître ton premier souvenir musical.

Pendant qu’elle était enceinte de moi, ma mère faisait un solo de danse sur La Peur du Métissage d’Assassin. Elle a dansé jusqu’à l’accouchement et donc c’est ma chanson de naissance. C’est un titre qui représente beaucoup pour moi puisque je suis métisse. Ma mère est noire, mon père est blanc. C’était un peu l’époque de l’utopie de la France métissée Black, Blanc, Beur. J’ai aussi beaucoup de souvenirs de Daft Punk ou d’IAM avec L’Ecole du Micro d’Argent.

 

Outre la diversité de tes influences, tu joues aussi pas mal avec ta voix et les différents timbres. Est-ce un besoin d’essayer d’autres choses ?

C’était déjà présent dans The Rize sauf que ça restait quelque chose de plus rappé. Je passais d’une voix un peu plus grave à une voix un peu plus élevée. Certains pensaient qu’une fille chantait par moment mais c’était simplement des additions de mes propres voix et j’ai adoré jouer avec ça. J’ai toujours voulu chanter mais je ne me suis jamais considéré comme chanteur, je prends d’ailleurs des cours de chant. Un morceau comme FREE a été un immense challenge pour moi car je devais être prêt un minimum. Je devais pouvoir l’assumer techniquement en live devant un public. Pour la petite anecdote, je l’ai joué pour la première fois en live sur France Inter, en exclusivité. C’est un casse-pipe de fou mais on a décidé de prendre le risque et ça en valait la peine parce que le morceau a été extrêmement bien reçu. Des gens de mon entourage m’ont dit « Waouh, je ne pensais pas que tu pouvais faire ça ! » (rires) Ça m’a réconforté dans le sens que c’est une bonne idée d’aller vers le chant.

 

On va revenir sur l’importance de la famille puisque KillASon est un projet familial. Ton oncle, ta mère, ton beau-père, tes grand-parents… c’était une évidence de garder tes proches autour de toi ?

Oui, quand tu regardes sur le long terme, les équipes qui perdurent et qui se hissent très haut sont des équipes familiales pour la plupart. Ça peut être parfois dur mais au final les intérêts de chacun sont préservés. J’ai eu des mauvaises expériences dans la danse avec des gens qui se considéraient comme mes mentors et qui me l’ont mise bien à l’envers donc je suis très content d’être entouré de ma famille.

 

Avec cette famille très artistique, tu as forcément été confronté très tôt aux problèmes inhérents à la création. Est-ce qu’avoir son propre label rend les choses plus faciles ?

Absolument pas ! (rires) C’est un choix lourd de conséquences. En ce moment, je fais plus de business que d’art mais ça va se calmer car je vais ralentir les concerts en France et ça va me permettre de me former musicalement et de penser à la suite, ne serait-ce que penser à l’album et à des projets vidéo/musique/danse. Ça me permettra aussi de bosser pour d’autres artistes. C’est déjà difficile pour un artiste de se soutenir soi-même, de gérer les hauts et les bas, c’est d’autant plus compliqué de le faire pour d’autres. Si on ne lâche pas et qu’on travaille bien, le résultat est quintuplé. Si je veux collaborer avec un tel et un tel c’est mon choix et à terme ce sera plus simple.

@Grégory Brandel_MD

Tu as précisé : ralentir les concerts en France ! Même si le chant en français connait une belle reconnaissance à l’étranger, l’anglais est un avantage.

Oui et c’était naturel et évident. Je ne me suis pas dit « j’habite en France donc je vais me résigner à chanter en français ! » On me pose souvent la question mais ça me passe par-dessus.

 

@Grégory Brandel_MD

La musique n’est pas le seul de tes talents. On va continuer avec la mode si tu veux bien ! Peux-tu nous parler de ta collaboration avec la marque Hologram ?

C’est la marque d’un ami d’enfance et elle existe depuis 1 an 1/2 , 2 ans.  On s’aide mutuellement, c’est la famille !

J’ai vu la vidéo promotionnelle, un vrai challenge pour moi puisque j’ai la phobie des serpents !

Je suis originaire du Bénin et c’est une figure protectrice chez nous. C’est lié au vaudou, à la sorcellerie et ce n’est pas un signe de mauvais augures.

Parlons également de la rencontre avec la maison Yves Saint Laurent.

Beauté ! C’est pas encore Yves Saint Laurent, ça y arrivera ! (rires) J’étais en concert à l’Olympia en première partie de Jain, c’était déjà super cool et dans le public il y a avait Laurène, la DA d’une agence de com. Elle n’a pas arrêté de parler de moi aux gens de son équipe et puis un jour il y a eu cet appel d’offre de la part d’Yves Saint Laurent Beauté. Elle a absolument voulu me placer et voilà, merci Laurène ! C’est une superbe carte de visite et c’est à partir de ce moment-là que je me suis dit que je devrais davantage m’intéresser au monde de la mode.

 

Quelle est selon toi l’icône ultime ayant réussi à allier talent musical et bon goût vestimentaire ?

Jusqu’à un certain stade, je dirais Michael Jackson ! De ses débuts avec le blouson ultra scintillant ou bien Thriller avec le blouson en cuir rouge et noir. Même Bad, il se la jouait plus bad boy. Ce mec était très bien entouré et musicalement il a fourni un travail incroyable. Il en a payé le prix aussi.

 

Passons à présent à la danse. Avoir deux pieds gauches pour un fils de danseurs/chorégraphes, ce serait un comble ?

Ça ne veut rien dire, il y a des enfants de chorégraphes qui ne supportent pas la danse et ne veulent rien avoir à faire là-dedans.  Mes parents m’ont directement mis dans ce monde-là. J’étais dans ma poussette à voir des lumières et à regarder des spectacles ! T’as impression que la scène est immense ! (rires) La musique m’a donné le goût pour la danse mais la danse m’a aussi donné davantage le goût pour la musique. Pour moi le must du must, c’est la vidéo puisque dans un clip tu as la mode, la musique et le mouvement.

 

Passer derrière la caméra, c’est la prochaine étape de ta « boulimie artistique » ?

Oui, j’aimerais beaucoup commencer à faire des choses relativement simples. J’ai déjà commencé avec des montages d’images Photoshop. Quand je m’imagine mes clips, je m’imagine même la prise de vue mais je n’ai pas le vocabulaire technique pour diriger une équipe. Ça m’intéresse beaucoup donc je commence à apprendre les différentes étapes, ça me permet aussi de redessiner.

 

Avec tout ça, est-ce qu’il y a finalement un moment où tu te poses ?

Oui, cette année je reprends les compétitions de danse donc je m’impose une super hygiène. Je me couche tôt, je ne bois plus. J’apprends à me reposer et j’en ai besoin. Je regarde des séries avec ma copine, genre un épisode de Game Of Thrones.

Ça va être dur, la prochaine saison est pour 2019.

On en est à la saison 5 ! (rires) Elle n’habite pas Paris et on regarde les épisodes quand on est ensemble donc la saison 8 peut arriver, on a le temps ! (rires) J’adore aussi aller au cinéma, ça me repose et en même temps ça me nourrit. Ça me nourrit d’envies en termes d’images, de thématiques, de sons ou de punchlines.

@Grégory Brandel_MD

 

Quels sont tes projets pour 2018 ?

Je vais surtout commencer à développer d’autres artistes. Là, on a sorti le premier clip, Pusherman, d’un artiste électro qui s’appelle « D ». L’EP s’appelle Caryotype et il arrive le 09 mars sur le label Supanova. J’ai un son avec lui aussi, on a fait le clip ensemble en mode handmade dans un espèce de cube en aluminium. On a aussi un autre projet plus soul qui va arriver et un autre plus techno. J’essaie aussi de mettre en place trois projets vidéo : les clips officiels des sons avec un gros budget, des dance videos d’1m30 max où je fais une chorégraphie ou un freestyle sur un de mes sons et un autre concept où je me filme en train de commencer la prod, donner la thématique et faire le mini-clip. Je vais en sortir au moins un par mois, ça va permettre aux gens de voir comment ça se passe derrière. J’en ai déjà sorti un en décembre, Dr.Strange Freestyle. On a tout fait en 4 jours ! Comme je suis fan de cinéma, le but c’est que les thématiques de ces sons-là soient sur des films.

 

Je te propose de terminer cette interview par un jeu. Je vais te donner des débuts de paroles de chansons connues et tu les compléteras avec tes propres mots.

All I want for Christmas is … my family. Tout ce que je souhaite pour Noël c’est…ma famille.

When I find myself in times of trouble … I think about the light and the good karma ! Quand je suis dans une mauvaise passe… je pense à la lumière et au bon karma !

If you want to be my lover you gotta … be yourself! Si tu veux sortir avec moi tu dois … être toi-même !

I’m up all night to … get wild! –  Je reste éveillé toute la nuit pour … me déchaîner !

I can’t live if living is without … love. Je ne peux pas vivre sans… amour.

But we are living in a material world and I am…material! I want nice stuff, I want a nice car, a big house and shiny jewelry! Mais nous vivons dans un monde matérialiste et … je suis dubitatif quant à la viabilité du capitalisme.

I see no changes. Wake up in the morning and I ask myself … “what the fuck am I doing here? ” –  Je ne vois aucun changement, je me lève le matin et je me demande … « qu’est-ce que je fous ici ? »

You gotta fight for your right to … free yourself. Tu dois te battre pour ton droit à …te libérer.

NB : KillASon se produira le samedi 10 mars au Centre Nationale de La Danse dans le cadre du weekend Ouverture.

Sophie

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