InterviewSon Lux

Marqué par une année 2017 riche en événements heureux (naissance) ou nettement plus sombres (décès, élection US), le trio américain Son Lux est de retour cette année avec Brighter Wounds, dévoilé en début de mois chez City Slang. A la veille de leur concert à La Cigale, je te propose de retrouver Ryan Lott, Ian Chang et Rafiq Bhatia pour en savoir plus sur la conception de ce cinquième album.

 

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Photo by Alix Spence

Vous êtes de retour avec un nouvel album dont Dream State est le premier extrait. En écoutant cette chanson, j’ai vraiment eu l’impression que des thèmes habituellement opposés tels que la vie/la mort, l’eau/la terre, la réalité/le rêve étaient étroitement associés.  

Ryan: C’est tout à fait ça ! C’est une idée que l’on retrouve également sur le pochette de l’album. Ces deux mains s’entremêlent, l’une et l’autre et aucune des deux n’est normale.

 

L’enregistrement de cet album a été ponctué d’expériences heureuses [naissance du fils de Ryan] ou douloureuses [décès d’un ami]. Pensez-vous que cet album se devait d’être plus personnel ?

Ryan: Oui, c’était évident. Je n’arrive pas à m’imaginer composer une musique qui ne serait pas personnelle. L’un des buts de Son Lux a toujours été, du point de vue des paroles, d’inviter l’auditeur à apporter son expérience personnelle et sa vision des choses à notre musique. C’est exactement le cas avec Brighter Wounds mais ce n’était pas recherché. Cela s’est fait naturellement en étant le plus honnête possible.

 

J’ai lu quelque part que ton fils est né le lendemain de l’élection de Donald Trump.

Ryan: Non, il est né le 12 décembre 2016 donc il est bien né pendant le mandat d’Obama ! (rires) J’étais avec Rafiq et Ian la semaine de l’élection…. On a vraiment eu l’impression d’être en deuil.

 

Vous avez déjà dit par le passé que les paroles arrivaient habituellement en dernier lors de la composition d’un titre. Était-ce également le cas pour cet album ?  

Ian: En partie, oui, mais d’une manière plus subtile. Il y a quelques chansons pour lesquelles Ryan avait déjà écrit les paroles.

Ryan: C’est vrai que j’ai écrit un peu plus de paroles au piano mais en général elles arrivaient encore après. Même dans les derniers moments de l’enregistrement, j’ai demandé aux gars leur avis sur les paroles et la voix. C’est plus naturel pour moi de commencer par construire la base mélodique. C’est un peu comme la construction d’une maison mais en partant d’abord d’une image qui irait sur un mur, puis on construit le mur, la pièce, on va la décorer et on continue comme ça jusqu’à ce que l’on ait une maison.

Une grosse maison ou un penthouse!

Ryan: (rires) De préférence, oui! C’est marrant que tu parles de penthouse, en ce moment je vis au dernier étage d’un immeuble !

 

J’ai une confession à vous faire, All Directions est mon coup de cœur ! Pouvez-vous revenir sur cette chanson ?

Ryan: On n’en a encore jamais parlé et c’est aussi notre chanson préférée sur cet album ! On a vraiment l’impression qu’elle représente le noyau émotionnel de l’album. Je travaillais sur une musique de film à Los Angeles, j’ai fait une pause à un moment et j’ai eu en tête ce beat assez dégoûtant. Je me suis fait une note “!!!! NE PERDS PAS CETTE IDEE !!!!” Quand on travaille sur une BO, tout est en désordre. On peut facilement perdre quelque chose si on ne se fait pas des notes. C’était une idée très électronique à l’origine puis on l’a modifiée lors de notre première session d’enregistrement. On ne savait pas ce que cela donnerait, on l’a juste appelée « le beat dégoûtant » Ian l’a enregistrée sur des batteries acoustiques et finalement on l’a mise de côté pendant un bon moment. Un peu plus tard, j’ai composé un morceau pour yMusic et en le faisant, je savais pertinemment que je réutiliserais cette idée. Je l’ai donc retravaillée et voilà le résultat. C’est la première chanson pour laquelle nous avons enregistré des paroles.

Ian: On s’est dit qu’on avait placé la barre haute avec cette chanson! (rires)

Est-ce que vous revenez souvent sur un titre ? Quand sait-on qu’une version sera la dernière ?

Ian: Il y a toujours une deadline ! On doit respecter certaines échéances et c’est finalement une grande aide. On y pense et on donne tout ce qu’on peut jusqu’à cette date butoir. C’est un peu comme une liste de choses à faire et c’est d’autant plus nécessaire puisque nous n’habitons pas tous la même ville.

 

Des chansons comme All Directions est Surrounded sont très impressionnantes et puissantes. Avez-vous déjà pensé à leur présentation live ?

Ian: Oui! Pour All Directions, nous avons conscience que ce sera très difficile donc nous apporterons probablement quelques changements. J’ai beaucoup réfléchi à Surrounded et comment la jouer en concert car la fin est assez incroyable avec ses batteries apocalyptiques. Ça sera bien !

Ryan: C’est une des choses dont nous sommes assez fiers, cette capacité à réinventer nos chansons sur scène. Nous n’envisageons pas du tout le passage studio/live comme un problème mais bien comme une opportunité.

 

Vous faites également de la musique en solo ou dans d’autres projets. Ian, tu as sorti ton premier EP, Spiritual Leader, en septembre. De ton côté, Rafiq, tu as dit que tu souhaitais dévoiler de nouvelles chansons.

Rafiq: C’est prévu ! (rires) J’ai un nouvel album qui sort ce printemps et Ian m’a aidé. C’est la première fois que j’endosse à la fois le rôle de producteur, designer son et compositeur. Il sortira chez ANTI- Records et je serai ensuite en tournée aux US et en Europe.

J’allais justement vous demander si vous définissiez des barrières entre vos projets solos et ceux de Son Lux ou bien tout était connecté.  

Ian: ça dépend. J’ai composé et enregistré mon EP seul. C’était finalement obligatoire étant donné la nature du projet. Je voulais explorer une technologie particulière et je me suis fixé certaines limites qui ont rendu toute collaboration difficile.

Ryan: Oui, mais en même temps Son Lux bénéficie du travail de chacun.

Ian: Tout à fait, j’ai réutilisé des techniques que j’avais apprises à maîtriser pour mon projet solo. Tout est finalement très ouvert et quand j’ai enregistré mon EP je ne me suis pas dit « Faut que je m’éloigne de ces mecs ! » (rires).

 

J’ai une dernière question à vous poser. Brighter Wounds sort sur le label City Slang donc cela fait 5 albums sur 4 labels différents. Est-ce une volonté de votre part pour vous assurer une liberté créative ?

Ian: Il faut tout de même savoir que même si on a souvent change de labels, on a le même manager depuis 2006. Ce n’est finalement pas si horrible que ça de travailler avec nous ! (rires)

Ryan: On s’est bien entendus avec tous les labels, enfin, presque tous ! (rires) L’une des choses fantastiques lorsque l’on fait de la musique, c’est d’être amené à rencontrer différentes personnes qui ne sont peut-être pas comme nous mais avec lesquelles nous partageons une passion pour la musique. On collabore ensemble pour apporter cette musique. Tous les partenariats ne sont pas destinés à durer et la manière dont les contrats avec les labels sont fixés apporte une certaine flexibilité pour les artistes et les labels, on peut juste faire un bout de chemin ensemble ou bien continuer. Je pense avoir personnellement et professionnellement profité du fait que nous ayons eu différents labels car chacun voit les choses différents et j’envisage chaque relation comme une opportunité d’apprendre, de faire des erreurs et donc d’avancer.

Donc au final, c’est bien une volonté de votre part!

Ryan: Bien sûr ! En ce qui me concerne, mise à part la musique en elle-même, je ne me sens pas obligé de me lier à long terme avec une personne ou un label. Il n’y a finalement que notre manager, Michael. Il est tellement intégré au projet qu’on a l’impression qu’il fait partie du groupe même s’il ne joue pas d’un instrument. Je pense que beaucoup de personnes se retrouvent dans des contrats à long terme et que la plupart du temps cela convient à tout le monde mais ce n’est pas toujours le cas.

 

Je vous propose de terminer cette interview par un jeu. Je vais vous donner des débuts de paroles de chansons et vous devrez les compléter avec vos propres mots.

All I want for Christmas is … my Pyrex! It’s just the first thing that popped into my head! (Rafiq) – Tout ce que je souhaite pour Noël c’est… mon Pyrex ! C’est la première cg

When I found myself in times of trouble … I cry! (Ian) – Quand je suis dans une mauvaise passe… je pleure !

If you want to be my lover you gotta … taste the hair on my neck! (Ryan) – Si tu veux sortir avec moi tu dois… aimer mes poils dans la nuque !

I’m up all night to … feel the breeze on the back of my neck in the early morning while I’m eating an egg and cheese biscuit sandwich from Bojangles famous chicken and biscuits in Raleigh, North Carolina! (Rafiq) – Je reste éveillé toute la nuit pour… sentir la brise caresser ma nuque au petit matin pendant que je mange un sandwich de chez Bojangles, un super resto à Raleigh en Californie du Nord.

I can’t live if living is without … you know, it’s funny because I’m actually kind of lactose intolerant but I was gonna say cheese! (Ian) – Je ne peux pas vivre sans… fromage même si en fait je suis intolérant au lactose !

But we are living in a material world and I am …  caught between the leaves and the roots. (Ryan) – Mais nous vivons dans un monde matérialiste et je … suis pris entre les feuilles et les racines.

You gotta fight for your right to … exist in a system that wasn’t designed for you. (Ian) – Tu dois te battre pour ton droit à…exister dans un monde qui n’a pas été conçu pour toi.

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Photo de une : Lisa Wassmann

 

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