InterviewThe Living Gods Of Haiti

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Sorti début septembre, le premier EP du projet The Living Gods Of Haiti m’a frappé en plein cœur… Run Back To Never pose les jalons de l’univers du duo franco-anglais incarné par le musicien et producteur Marc Collin, à qui on doit notamment les projets Nouvelle Vague et Bristol, et l’envoûtante chanteuse anglo-syrienne Rebekah. Leurs premiers titres distillent un savant mélange d’electro/new-wave et de subtiles influences orientales, le tout teinté de mystique et de magie. J’ai eu la chance de rencontrer Marc au sein de son studio et label Kwaidan Records et nous avons pu échanger à propos de la production de leur premier album. Retour sur la naissance du projet TLGOH


Pourrais-tu revenir sur ta rencontre avec Rebekah ?

 

Marc : J’ai rencontré Rebekah après un concert de Nouvelle Vague à Londres, c’est Sophie Delila qui me l’a présentée. C’était au moment où je travaillais sur le troisième album de Nouvelle Vague, « 3 » ; je cherchais quelqu’un pour chanter une version de Ça plane pour moi, qui puisse chanter à la fois en français mais avec un accent anglais… Elle est donc tombée au bon moment ; elle a fait des essais et le résultat était super, j’ai donc gardé sa voix. Elle a également chanté dans le cadre d’un de mes autres projets, Holywood, Mon Amour, sur une reprise de Simple Minds, Don’t You (Forget About Me).
Vu qu’on s’entendait bien, on s’était dit à l’époque qu’il fallait qu’on travaille sur un projet ensemble…

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Et puis le projet The Living Gods Of Haiti est né…

 

Marc : Oui, on a d’abord essayé des choses, notamment dans un projet qui s’appelait Tosca et qui était beaucoup plus axé musique de film. On a fait des tests, c’était pas mal mais finalement, on se disait : « Mais qu’est-ce que ça apporte de plus ? » C’était beau, mais ça ne suffisait pas, il manquait quelque chose. Et c’est vraiment en tâtonnant, peut être au bout d’un an, que les choses se sont précisées…
J’ai découvert qu’elle avait des origines syriennes du coté de son père et ça m’a donné l’idée d’exploiter une pointe d’influence orientale dans un son plutôt electro new wave, et là ça a été le déclic ! J’ai tout de suite pensé au groupe Dead Can Dance, dont j’étais hyper fan quand j’étais jeune, et qui a selon moi vraiment inventé un genre.
Pour la petite histoire, je les ai vus à Paris en 1984, on était 30 dans la salle de concert et lorsque j’ai sorti mon album de Nouvelle Vague, Brendan Perry, le leader de Dead Can Dance, nous a invité à faire sa première partie à l’Hollywood Bowl à Los Angeles, qui est une salle pouvant accueillir plus de 17000 personnes, où des groupes comme les Beatles ou les Doors ont notamment joué. C’était grandiose ! J’ai donc rencontré Brendan et je lui ai parlé de ce fameux concert à Paris où nous n’étions qu’une trentaine et il s’en souvenait très bien ! Si je te parle de ce groupe et de leur label 4AD où il y avait notamment Cocteau Twins, c’est qu’il y avait vraiment un son et une esthétique qui a marqué toute ma génération, mais curieusement il n’y a pas vraiment de descendance de nos jours. Aujourd’hui, on trouve des groupes qui font du Depeche Mode, du The Cure mais pas vraiment de relève du coté de Dead Can Dance. J’ai donc dit à Rebekah, sans bien sur vouloir m’autoproclamer descendant de ces groupes, qu’il fallait s’en inspirer dans la démarche créative, tout en exploitant ses origines syriennes. Elle était emballée et nous sommes du coup allés voir le seul concert qu’Elizabeth Fraser donnait à Londres avec Cocteau Twins, il y a deux ans.

Peux-tu nous parler de votre son et de la production de votre premier album ?

 

Marc : Comme je te l’ai dit tout à l’heure, on a pas mal tâtonné avant de trouver le son de ce qu’on voulait faire puisque c’est un projet qu’on a lancé il y a peut être trois ans maintenant. On voulait apporter quelque chose de nouveau et d’original et je suis pour ma part quelqu’un d’assez exigent. Il y avait donc cette référence au Moyen-Orient que je voulais faire cohabiter avec de la New Wave à la limite gothique des années 80, deux choses très précises mais qui ne sont jamais rencontrées, ou du moins très très peu d’exemples me viennent en tête. Est ce que quelqu’un en Syrie aurait fait de la New Wave ? J’crois pas… (rires). On a ensuite cette composante mystique, avec des sons d’orgues, des petites clochettes et, en dernière couche, la composante electro avec des synthés presque trance. On avait donc 4 univers bien précis qu’on devait mélanger et c’est là qu’à commencé mon boulot. L’inspiration, c’est un peu savoir tisser des liens entre des choses différentes.
Pour créer les morceaux de l’album, je suis parti de musiques que j’avais faites sur d’autres projets et que j’ai réarrangées, mais j’ai également composé des titres originaux en tripotant mes synthés ; des instrumentaux qui se rapprochent de musiques de films. J’ai notamment utilisé des synthés comme l’Oberheim X Pander, un peu de PPG Wave 2 et de Jupiter 8. Je voulais quelque chose de planant avec des ambiances… Ce que je recherche avant tout, c’est qui il y ait un climat qui s’installe dès qu’on lance le morceau, que l’on se retrouve dans un lieu, qu’il se passe quelque chose dès les premières secondes…
Synths
Rebekah qui vient d’un univers plus pop, est très forte pour trouver des mélodies. Il suffisait que je lui joue des instrus et hop, elle sortait son petit carnet de poèmes et commençait à chanter des lignes mélodiques. On faisait deux trois prises, puis on enregistrait. Je retravaillais ensuite la structure en fonction du résultat.
Ce n’était pas du tout une façon de composer de la musique pop avec piano-voix ou guitare-voix, on ne faisait pas de chansons avec couplet-refrain-couplet-refrain, mais cela restait néanmoins des mélodies plutôt pop collées sur des instrus qui ne l’étaient pas spécialement, puisque on était dans un univers musical plutôt mystique voire trance.
La chance que j’ai, c’est d’avoir mon propre studio avec tout ce qu’il me faut et le projet TLGOH ne nécessitant pas de musiciens, un morceau pouvait être fait en deux jours, cela restait assez simple pour moi, ce n’était que de la production. C’est ça qui m’a intéressé dans ce projet, c’est ce coté où je pouvais vraiment m’éclater comme quand j’avais quinze ans et que j’enregistrais des synthés et des boites à rythme sur un 4 pistes. Pouvoir vraiment faire ce que tu as en tête, de A à Z, dans ton propre studio avec ton ordinateur, c’est le top. J’ai en plus la chance d’avoir un super collection de vieux claviers. La musique créée devient alors extrêmement personnelle.
Au final, The Living Gods Of Haiti, c’est un peu la rencontre d’un mec presque « nerd » qui fait des trucs en bidouillant ses synthés et d’une fille venue de la pop avec son carnet de poèmes.
J’apporte tout le coté sonore et elle amène ses mélodies pop, mais également tout le coté image, que ça soit dans la photo, dans la vidéo et l’artwork. Nos deux univers sont très différents mais matchent super bien, c’est ça la magie de la musique…

En parlant d’image, vous venez de sortir le clip du titre The Hunt, The Harvest, The Sea. Développer un univers visuel autour de votre musique, est-ce important pour vous ?

 

Marc : C’est dommage, pour le coup, c’est plus la partie de Rebekah. Elle aurait pu mieux t’en parler que moi mais elle est actuellement sur Londres. Elle est photographe et vidéaste et a un fort univers visuel alors que moi, je suis vraiment quelqu’un du son. J’aime bien néanmoins raconter des histoires dans mes projets. En terme de visuel, il y a un film qui m’a toujours impressionné, que j’ai vu quand j’étais petit, Oedipe roi de Pasolini ; on ne sait pas vraiment où ça se passe, si c’est en Grèce ou en Syrie. Toujours est-il qu’il y avait une ambiance qui me plaisait beaucoup. Je lui ai donc donné cette référence vidéo. Bien que l’univers musical que nous avions crée inspirait de nombreuses choses au niveau des costumes et du maquillage, on ne voulait pas tomber dans des clichés. Elle avait quant à elle une approche plus romantique, noir et blanc et poétique d’aborder ce clip qu’elle a réalisé elle-même. Elle a voulu mettre en avant un coté mystique avec notamment cette séquence de la perle dans la bouche, je pense qu’elle s’est inspirée d’une légende pour ce passage.

As-tu déjà appréhendé le passage de l’album studio à la scène ?

 

Marc : Il faut savoir quel est le son qu’on a envie de définir par rapport à ce projet… Ce n’est pas du rock, on est d’accord, ce n’est pas non plus de la New Wave, donc pas la peine d’avoir un batteur et un bassiste… Pour moi le plus important serait d’avoir d’un coté les claviers analogiques et les séquences de synthés avec des kicks plutôt dub et electro et de l’autre coté tout ce qui est organique, avec les percus…
Il y aura donc un ordi qui balance des séquences que je pourrais éventuellement moduler, il pourrait aussi y avoir un orgue avec un claviériste , deux percussionnistes qui vont s’occuper de toutes les percus (darboukas, etc…) et Rebekah au chant… Je pense qu’il y aura un coté très rituel, très transe shamanique avec un son electro assez mis en avant.

As-tu encore le temps d’écouter de la musique et de faire de nouvelles découvertes ?

 

Marc : Finalement, je suis plus inspiré par autre chose que de la musique pour faire de la musique. Je préfère regarder des films, écouter des podcasts ou lire des choses qui traitent de la musique plutôt que d’en écouter. En ce qui concerne mes dernières découverte, en electro, j’aime vraiment ce que fait aujourd’hui Trentemøller et Todd Terje, mais aussi FKA twigs.

Decouvertes_musicales

Quelles sont les prochaines sorties de prévues ?

 

Marc : L’album est presque terminé. Il va y avoir un deuxième EP qui est quasiment prêt et qui va sortir, je pense, en janvier, avec également un second clip en préparation et d’autres remixes. On va sans doute sortir l’album avant l’été ou bien à la rentrée, en septembre, tout dépendra comment le projet prend.
Il y a aussi un premier live de prévu le 1er novembre à Londres, dans une église (Shoreditch Church) et nous allons aussi jouer prochainement en France. On cherche actuellement un lieu sympa qui collerait à l’esprit que nous voudrions donner sur scène.

Enfin, pourrais-tu nous donner ta playlist idéale ?

 

Marc : Ce que je te propose, c’est de te donner la playlist que j’avais créé lorsque nous avons lancé le projet. Tu y trouveras les morceaux qui nous ont inspirés dans la phase de compo…

LE FACEBOOK DE THE LIVING GODS OF HAITI

Merci à Élodie Jouault

The Living Gods Of HaitiRun Back To Never • 2015

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