InterviewPerfume Genius

[Interview initialement publiée en septembre 2014 sur www.lesconnardsenrayban.fr]

Après Learning (2010) et Put Your Back N 2 I(2012), Mike Hadreas aka Perfume Genius est de retour  avec l’excellent Too Bright (Matador/Beggars) dont il nous livre aujourd’hui les secrets.

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Ta musique est souvent décrite comme étant délicate et fragile et pourtant sur ton nouvel album, des chansons telles que Grid, My Body ou Queen sont presque vindicatives. Est-ce une manière de prouver que tu es plus que ce que de nombreux médias appellent un « chanteur au cœur tendre » ?

Cette sensibilité est très importante pour moi et je pense toujours que c’est une force mais j’avais l’impression que le contenu de mes chansons était sombres et que les mélodies étaient trop jolies. J’adorais ce contraste mais pour cet album j’avais vraiment envie que les deux soient complémentaires. Je ne sais pas si c’est une réponse directe à ce qu’on a pu dire de moi mais je présume qu’en effet c’est le cas oui.

 

Pour cet album, tu as travaillé avec deux producteurs et musiciens d’exception : John Parish (PJ Harvey) and Adrian Utley (Portishead). Qu’ont-ils apporté de plus ?

BOn techniquement déjà, ils sont bien meilleurs que moi ! (rires). J’avais fait des démos de mes chansons mais elles n’atteignaient qu’un certain niveau et je voulais aller plus loin. J’ai essayé de reproduire des sons de synthé que j’avais entendus en grandissant sans vraiment les connaître ou savoir les travailler mais au final Adrian a un studio fantastique et je n’ai eu qu’à lui expliquer ce que je souhaitais et il pouvait le faire très vite. Je savais qu’au niveau créatif il était aussi sombre que moi ! (rires)  J’avais confiance en sa vigueur mais je savais aussi qu’il serait capable d’approcher avec plus de patience et tendresse des chansons plus calmes.

 

Est-ce que ton compagnon a également travaillé sur cet album ?

Il a toujours fait partie de la conception de mes albums mais encore davantage sur Too Bright. Par exemple, il joue du piano sur certaines chansons et je chante juste. C’est aussi le cas pour mon batteur qui m’accompagne en tournée mais qui a qui également participé à l’album. Après c’est toujours un peu étrange parce que nous sommes un groupe et on voyage en tant que tel mais je suis seul aux interviews !

 

Le premier extrait, Queen, a pour sujet l’homophobie, un sujet malheureusement souvent abordé en France bien que nous soyons considéré comme le pays des libertés. Qu’as-tu pensé de la polémique sur le mariage homosexuel ?

Si on feuillette un magazine en France, on tombe sur des corps dénudés mais on ne verrait jamais ça aux Etats-Unis. Les Américains sont beaucoup plus prudes sur la sexualité donc pour nous les français sont hyper ouverts niveau sexe et on aurait tendance à penser que cette ouverture s’étendrait à l’homosexualité. C’est bizarre ! Je pense que l’homophobie n’est pas en fait une peur de l’homosexualité. C’est un peu comme le racisme. Ces gens ont une façon de penser et voir les choses et s’ils s’ouvrent ne serait-ce qu’un peu leur conception du monde qui les entoure s’écroulerait. (rires) C’est impossible qu’ils soient si terrifiés que ça par le mariage de deux hommes car en soit ça ne les affecte pas. Je me demande souvent de quoi ils ont peur, je trouve ça assez confus…. mais j’ai écrit quelques titres sur ce sujet ! (rires) Je me rappelle avoir vu un groupe d’hommes français opposés au mariage unisexe manifester torses nus et bras dessus, bras dessous. Ca a fait le buzz sur tous les sites gays parce qu’ils avaient des pancartes « Dieu déteste les pédés » mais ils avaient l’air tellement gays ! (rires)  C’était génial de voir ces hommes tournés en dérision et devenir des objets sexuels parce que c’était la conséquence inverse de leur action !

 

Je t’ai vu deux fois en concert, la première fois en 2012 au Café de la Danse et cet été à Londres et j’ai l’impression que tu as pris confiance sur scène. Est-ce que tu te sens plus à l’aise face au public ?

D’une certaine façon oui mais j’aime bien être anxieux sur scène. Je suis naturellement nerveux et maladroit donc c’est inutile d’essayer de corriger cela comme j’ai pu le faire. J’essaie juste d’être moi-même. Bon, je sais que je n’ai pas toujours l’air mignon (rires) !

C’est vrai que tu fais pas mal de grimaces !

(rires) J’essaie d’être à fond parce que c’est personnellement ce que je recherche quand je vais voir un artiste en concert. Pas forcément qu’il s’écroule sous l’émotion mais qu’il se lâche totalement. Pour moi c’est quelque chose de spirituel. (rires) Mais c’est vrai, j’ai plus confiance en moi. Je danse même un peu !

On peut donc s’attendre à quelques pas de danse à ton concert à La Maroquinerie en novembre ?

Carrément ! (rires). Mon copain n’arrête pas de me dire : « Mike, tu ne peux pas juste rester planté comme ça, faut que tu bouges ». J’ai l’impression de n’avoir jamais « joué » sur scène, j’ai toujours voulu être sincère mais je me rends compte à présent qu’on peut être entier sans rester immobile.

 

Il y a un an, tu as sorti un duo avec Cate Le Bon, I Think I Knew. Pourrais-tu réitérer l’expérience avec un autre artiste ?

Oui, bien sûr ! Ce duo m’a vraiment car sa façon de travailler et très différente de la mienne. Avant mon dernier album, je me sentais assez limité dans ma façon d’envisager la musique. J’ai toujours pensé que les choses devaient être minimales mais en la voyant faire, j’ai décidé d’intégrer plus d’instruments et de procéder différemment. Et je l’adore à vrai dire !

Qu’écoutes-tu en ce moment ?

J’aime beaucoup Weyes Blood. Il y a aussi cette chanteuse autrichienne, Soap & Skin. Elle a un univers hyper noir et sombre. J’aime bien EMA aussi.

 

Je te propose de conclure cette interview par un jeu! Je vais te donner des débuts de paroles de chansons que tu devras compléter comme tu le souhaites. Tu seras content parce que deux chansons sont de Mariah Carey et je sais que tu l’aimes bien !

Non, je l’adore ! Ça va être super difficile de ne pas juste chanter les paroles !

All I want for Christmas is ….. quit smoking, especially just for singing. Tout ce que je veux pour Noël c’est …. arrêter de fumer. Je sais que c’est mauvais pour ma santé mais c’est un des seuls vices qu’il me reste. Ça serait vraiment un cadeau pourri mais j’aimerais bien arrêter (rires)

I’m up all night to …. pace around and take everything way too seriously. (rires) –  Je reste éveillé toute la nuit pour …. Faire les 100 pas et prendre tout trop à cœur. J’ai tendence à cogiter sans cesse la nuit et c’est en général parce que je ne peux pas écrire ou composer sans réveiller mon copain donc je reste assis et je mange ! (rires) C’est plus facile en tournée parce que j’utilise mon anxiété sur scène et je suis plus fatigué mais chez moi je manque d’auto-discipline ! (rires)

If you wanna be my lover, you gotta …. be kind and compassionate.  – Si tu veux sortir avec moi, tu dois … être gentil et compatissant. C’est vraiment ce que j’ai recherché et c’est ce qu’il y a de plus séduisant pour moi. Cela implique beaucoup de courage car la plupart du temps, les gens n’ont rien en retour. Mon copain est comme ça, c’est toujours le premier à aider les autres et même s’il n’a bien souvent aucun retour, il est toujours aussi attentionné. Je trouve ça admirable, d’autant plus que je ne suis pas comme ça! (rires) Je ferais mieux de m’en inspirer, je peux parfois être égoiste.

I can’t live if living is without …. food ! –  Je ne pourrais pas vivre sans … nourriture! Quand on joue en Angleterrre on mange vraiment mal. Ils savent faire du salé mais c’est tout et ça m’irrite le palais. (rires) J’aime la cuisine riche : du beurre, du gras, de la sauce. Il  ne me reste plus que la clope et la bouffe.J’ai arrêté les drogues, l’alcool mais je peux encore me faire un énorme cheeseburger! (rires)

When I find myself in times of trouble….. I just let go of it.  –  Quand je suis dans une mauvaise passe… j’attends juste que ça passe. C’est la vie. Il y a des moments où on est pas bien et c’est comme ça. Parfois c’est juste la merde et on va se sentir mal pendant un moment. C’est inutile d’essayer de vouloir toujours tout arranger. 

I see no changes, wake up in the morning and I ask myself ….. « are you in the world ? »   –  Je ne vois aucun changement, je me lève le matin et je me demande :  » est-ce que je suis bien là? » Je dois sans cesse me rappeler qu’avoir peur est quelque chose de positif. Toutes les bonnes choses qui me sont arrivées émanaient d’une crainte mais je me suis quand même lancé. Je suis à l’aise quand je parle de ma musique mais chez moi c’est différent. J’essaie de me bouger de plus en plus.

You gotta fight for your right to …. do whatever the hell you want!  – Tu dois te battre pour ton droit à …. faire ce que tu veux!  C’est exactement ce que j’essaie de faire. Je pense que l’on peut faire tout ce dont on a envie tant que ça ne blesse ou dérange personne. On m’insulte parfois à cause de mon vernis à ongles ou de ma façon de m’habiller. Même si c’est ma façon d’être, j’ai toujours l’impression que c’est un défi ou un combat. Par exemple ce matin dans l’Eurostar, un mec est venu s’asseoir à côté de moi et il a commencé à bien s’étaler et à se mettre à l’aise, pensant que je ne dirais rien. Mais je me suis dit « va chier! » et j’ai posé ma main bien manucurée sur l’accoudoir! (rires) Il s’est serré à moi et je n’ai pas bougé! Si tu veux qu’on soit intimes, on va être intimes! (rires)

Sophie

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